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11 août 2009 2 11 /08 /août /2009 18:08

Sous le ciel azur d’Arles, les Rencontres de la photo ont pris cette année une teinte d’encre noire. Dans les anciens ateliers de la SNCF, devenus au fil des ans l’un des lieux d’expositions de photographies les plus courues de la planète, les photographes invités de cette 40e édition sont venus cracher leurs névroses. Voyage au bout de la nuit arlésienne.

 

Première prise de contact avec l’endroit, sur un mur blanc immaculé s’étire en une ligne nette les quelque trente-deux photos de la série  Bone Lonely de Paulo Nozolino. On ne trouve que des restes d'humanité dans ces petits formats noirs et blancs, enserrés dans de sombres cadres de bois ébènes. Trente-deux photos pour rendre compte de trente-deux ans de travail du photographe portugais. Et c’est un monde au bord de la ruine qui s’étale comme une traînée de charbon sur le mur blanc :  lumière froide sur un corps recouvert à la morgue, cheminées d’usine, puzzle inachevé, un homme, la tête renversée, révulsée, bord cadre, voire hors cadre.



Plus loin dans une chambre noire avec pour seul éclairage un néon orange, il faut se munir d’une lampe de poche pour apercevoir, les yeux plissés dans la pénombre, les œuvres de René Burri. A tâtons, voilà donc des visages qui surgissent de l’obscurité, des foules qui émergent des ténèbres, des taches de lumières dispersées ça et là. La série s’appelle Black Out New York.

Sombres aussi, ces clichés d’Antoine d’Agata. Onze années d’un parcours intime et autobiographique s’exposent au regard voyeur du visiteur. Travail nocturne, parcours sans fin dans ses expériences sulfureuses, les corps s’emmêlent sous son objectif, et c’est Francis Bacon et son imagerie crue et bestiale qui se cachent, tapis dans l’ombre. La petite musique de nuit qui accompagne la série Agonie est un poème d’Antonin Artaud :

 
« Un corps,

pas d’esprit,

pas d’âme,

pas de cœur,

pas de famille,

pas de familles d’êtres,

pas de légions,

pas de confréries,

pas de participation,

pas de communion

des saints,

pas d’anges,

pas d’êtres,

pas de dialectiques,

pas de logique,

(… )
 

DU CORPS,

pas de peur,

pas d’impressions,


DU CORPS,


et des coups,

des coups,

des coups, des coups,

des coups, et ça :


CE SUINTA,


la muraille

de la cruauté,

et de la douleur ».


Noire, donc, cette nouvelle édition des Rencontres de la Photographie d’Arles. Tirage noir, mais brillant.

 

 

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Published by Caroline Langlois - dans Culture
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