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25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 09:57

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À quelques encablures du Moulin de la Galette, au cœur de la butte Montmartre, dans le 18e arrondissement de Paris, un petit cinéma de quartier résiste, grâce à la détermination de son propriétaire, à la poussée des multiplexes. Luis Buñuel, Dali et Jean Cocteau hantent les murs du Studio 28, première salle d’avant-garde de la rive droite parisienne.

«  La salle des chefs-d’œuvre. Le chef-d’œuvre des salles ». La phrase est de Jean Cocteau, et s’étale sur le mur, derrière le guichet, à l’entrée du cinéma. Ici, nous ne sommes pas dans une salle de projection ordinaire : aucun vendeur de popcorn et de soda, mais un joli jardin couvert où l’on s’installe pour déguster un café et parler du 7e art.

Le maître des lieux, Alain Roulleau, a reçu cette salle en héritage en 1996, des mains de son père. Le hall, qui accueille chaque mois des expositions, la salle de projection et le petit jardin, sont les prolongements de son appartement situé juste au-dessus. Au Studio 28, tout est fait pour que l’on se sente chez soi. La clientèle habite le quartier, et connaît par cœur les horaires des séances, immuables. « C’est une salle de village. Le village de Montmartre », explique fièrement le propriétaire.

Le Studio 28 est né, comme son nom l’indique, en 1928. Une époque dorée pour les exploitants de salles, bien avant l’avènement des Gaumont, Pathé et autres UGC. Des dizaines de salles foisonnent alors dans le 18e arrondissement. Près d’un siècle plus tard, seules deux ont survécu : le Wepler, devenu depuis Pathé Wepler, et ce petit écrin de velours rouge, caché rue Tholozet, sur la butte Montmartre.

 

Un lieu de rencontre et d'animation culturelle


Son premier propriétaire, Jean-Placide Mauclaire, en a fait la première salle de cinéma d’avant-garde de la rive droite. C’est ici que le film de Luis Buñuel, « L’âge d’or », est présenté pour la première fois au public, en 1930. Un choix audacieux autant que dangereux pour le directeur de l’époque, car la projection du film fait scandale. La salle est alors vandalisée par des spectateurs choqués, le film est interdit, et Mauclaire est contraint de vendre.

Après un passage entre les mains d’un certain Édouard Gross, qui y fait projeter les films des Marx Brothers encore inconnus en France, le Studio 28 est racheté en 1948 par les frères Roulleau, père et oncle du propriétaire actuel. Le duo fait alors du cinéma un lieu de rencontre et d’animation culturelle, avec des expositions de peintures et de photographies.

Depuis, rien a changé, ou presque. Les lustres dessinés en 1950 par Jean Cocteau illuminent toujours la salle de projection, et les empreintes de pied en argile des plus grands noms du cinéma français, parmi lesquels Jean Marais et Pierre Etaix, ornent les murs du hall, comme un clin d’œil aux empreintes des stars de l’Hollywood Boulevard.

 

"Je suis le Fauchon du cinéma parisien"

Fier comme Artaban, Alain Roulleau désigne, sur les murs, les photos des stars du 7e art qui ont fait l’histoire de son cinéma. Mais s’il tient à conserver la mémoire du lieu, le propriétaire n’est pas pour autant un homme nostalgique. Chef d’entreprise avant tout, son souci est de faire vivre son commerce, en tenant la barre contre les attaques des multiplexes. Ne lui demandez pas, par exemple, s’il accepte l’une des deux cartes de cinéma illimité de la capitale. Il vous fait alors les gros yeux, et vous rétorque que la carte de fidélité de sa salle, créée par son père en 1969, est et restera la seule acceptée à l’entrée.

« Je suis comme un épicier de quartier qui doit résister à l’arrivée des supermarchés, explique-t-il. Mais moi, je suis le Fauchon du cinéma parisien ! ». Et de filer la métaphore. « Dans les multiplexes, vous bouffez de la pellicule. Au Studio 28, vous venez la déguster. »`

 

Une salle à la pointe de la technologie


Si le lieu n’a rien perdu de son charme authentique, il n’en reste pas moins une salle de cinéma à la pointe, avec écran de 10 mètres, appareil de projection électronique et son dolby numérique. Un détour pour s’en convaincre par la cabine de projection, où les belles et grandes bobines de films céderont bientôt la place à un équipement numérique flambant neuf.

Pourtant, Alain Roulleau est lucide : « Si je n’étais pas propriétaire des murs, aujourd’hui, la salle serait fermée. ». Mais sa bataille contre les géants en vaut la chandelle. Et quand le maître des lieux emprunte à Arletty sa réplique de cinéma préférée, extraite du film « Les enfants du Paradis » de Marcel Carné - « Paris est tout petit pour ceux qui s’aiment, comme nous, d’un aussi grand amour » - on comprend sans peine que ce grand amour, c’est à son petit cinéma de quartier qu’il le voue.

 

Article publié sur dixhuitinfo.com

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Published by Caroline Langlois - dans Culture
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